Petit
weekend de grandes expériences…
...sur le Howe Sound Crest Trail
Samedi
midi, départ de la maison en vélo avec un sac de rando et deux
besaces, de quoi passer 2 jours de randonnée en montagne, en
sandales, pensant que les chemins que j'allais prendre n'étaient
plus trop enneigés. Je mets le vélo sur le bus pour monter au
sommet de Grouse Mtn. De là, je pensais pouvoir contourner le
Capilano Lake, ensuite attacher mon vélo et continuer à pied pour
faire une boucle de deux jours. Arrivé au lac, je me rends compte
que c’est une zone fermée au public, pas d’accès. Alors je
trouve un chemin qui m’emmène à la route de Cypress, la montagne
voisine de laquelle partent qques randos connues. J'arrive donc à
cette route via des montées impressionnantes et un chemin de cross
sur lequel je dois porter mon vélo avec les sacs.


Arrivé
à l’autoroute de Cypress, par chance je rencontre Alex, mon
collègue de boulot, qui faisait du vélo de descente. Il remontait
justement en haut des pistes en voiture avec des amis. Ils m’ont
dropé qques km plus haut, ce qui m’a pas mal avancé. Il ne me
restait plus que quelques km de côte pour arriver au domaine de ski
d'où partent les randos.
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| Première nuit passée à St Marks Summit, la deuxième quelque part à l'Est de Brunswick, perdu |
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| Les Lions |
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| La piste à suivre |
Le premier tronçon se passe bien, rando facile en montée à travers les forêts de sapin, j’arrive sans problème à St Marks Mtn vers 19-20h, d’où il y a déjà une vue impressionnante sur le détroit de Georgia. Deux couples d’amis sont déjà là à chercher une place pour leurs tentes. Évidemment je trouve plus facilement qu'eux un endroit qui convient pour camper car je suis seul. Je m’installe donc dans les bois, à côté d’une vue sur les Lions.
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| Merci Anne-Laure et Emilien |
Dimanche
matin, je sais pas pourquoi je me réveille à 5h avec la motivation
de me lever. Ça tombe bien, ça me permet de profiter d’un levé
de soleil magnifique sur les crêtes de Grouse, Seymour et Coquitlam
Mtn.![]() |
| Le détroit de Georgia |
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| Les Lions |
Départ
directement après avoir remballer la tente. Je déjeunerai plus
tard. La première partie de la journée se passe bien. C'est
toujours plein soleil. Je suis les petits carrés orange sur les
arbres qui servent de guide.
L'itinéraire mène par la cîme des montagnes vers le nord, jusqu'à passer entre les deux Lions, en contournant le West Lion. Il y a des vues époustouflantes sur le détroit de Georgia, la Sunshine Coast et toutes les montagnes du Nord-Est.
Mon chemin n’est plus que de neige et je suis en sandales de rando. Je n’avais pas compté sur la présence de tant de neige. Il y a plusieurs sommets à franchir, mes pieds sont déjà gelés.
Je me dis que ça ne durera pas trop puisque je compte sérieusement
avoir fini la rando dans l'après-midi. Il est encore tôt dans la
journée et je me dis que j’aurai bien le temps de parcourir le
chemin qui mène jusqu’au village de Lions Bay.
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| La cîme des montagnes |
L'itinéraire mène par la cîme des montagnes vers le nord, jusqu'à passer entre les deux Lions, en contournant le West Lion. Il y a des vues époustouflantes sur le détroit de Georgia, la Sunshine Coast et toutes les montagnes du Nord-Est.
Mon chemin n’est plus que de neige et je suis en sandales de rando. Je n’avais pas compté sur la présence de tant de neige. Il y a plusieurs sommets à franchir, mes pieds sont déjà gelés.
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| Rire jaune - j'en peux plus ! |
On arrive alors dans un grand col tout enneigé. C'est là que ça se complique et que les indications se font très rares. C'est le tronçon le moins fréquenté. Il est très facile de se perdre. Tu descends rapidement dans la neige sans te rendre compte que tu dévies du trail original.
Du col où je suis arrivé, en contrebas, je voyais un lac gelé, et encore plus loin et beaucoup plus bas, j’apercevais un autre lac non gelé. Je pensais que le trail passait par ce lac. Comme la mauvaise carte que j'avais trouvée au début de la rando m'indiquait que le trail aboutissait près de trois lacs sur la fin de l'itinéraire.
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| Lac gelé et l'autre lac dans le fond |
C'est là que j'ai perdu les traces du trail et je me suis désorienté. Comme je pensais que le trail menait au lac, j’ai continué à descendre dans la neige, vers le lac. Et quand on descend dans la neige on avance vite car on peut faire de grand pas et ça glisse vers le bas.
| Mon sac et ma gourde... |
Je continue mon périple en pensant aller dans la bonne direction. Je descends des passages difficiles, en faisant du rappel avec les branches des arbres pour descendre des pans fort inclinés. Petit à petit la neige disparait. Ensuite, je me retrouve à marcher en descendant dans le lit sec d’une rivière. Ça m'avait l'air un peu bizarre que ce soit le chemin. Mais pourtant j'apercevais de temps en temps une petite floche de couleur, ce qui me rassurait et me faisait continuer. Petit à petit j’entends le bruit de l’eau qui s’intensifie et je me rends compte que je ne pourrai plus continuer à suivre cette rivière car des ruissellements de fonte de neige y affluent. Alors je sors de ce lit et j’en retrouve un autre sec qui descend dans la même direction, je le suis également, mais il se rempli d’eau quelques centaines de mètres plus bas. Alors je sors à nouveau de cette rivière. Finalement en écoutant le bruit de plus en plus forts de plusieurs rivières autour de moi, je me rends compte qu’en continuant à descendre je vais me retrouver coincer entre des torrents impossible à traverser. Il faut donc que je remonte, jusqu'au niveau de la neige ce que j’ai descendu durant des heures de marche.
A ce
moment là je pensais toujours que j'allais remonter pour pouvoir
redescendre à un autre endroit vers le lac. Donc je ne suis pas
revenu sur mes pas. J'ai remonté cette montagne avec toutes les
misères du monde. Essaie de passer dans la jungle avec un sac de
rando qui s'accroche aux branches, à travers des épais buissons,
des ronces qui te griffent les jambes à sang et les sapins qui font
barrière. D'un côté ils sont utiles car ils permettent de
t'agripper dans les passages trop inclinés. Souvent c'est tellement
en pente que tu dois t'accrocher, comme à des cordes, à toutes les
plantes qui pourraient tenir pour pouvoir avancer, en te hissant et
en forçant sur chaque pas pour faire passer ton sac à dos à
travers tout.
C'était
vraiment éprouvant, j'ai mis plusieurs fois le genou au sol, pensant
que j'avais plus d'énergie et me demandant comment j'allais m'en
sortir. Je faisais appel sans cesse à l'Univers Infini, cette force
supérieur en laquelle j'ai foi, pour qu'elle m'aide à m'en sortir.
Je n'ai jamais laissé le sentiment que je ne m'en sortirais pas
m'envahir. Cette idée là me faisait peur. J'ai gardé de l'espoir
tout le temps.
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| Je suis descendu par là... mais dans quoi je me suis embarquer ? |
Finalement,
après des heures de marches dans ces forêts denses, je retrouve
enfin le niveau de la neige. Les douleurs des griffes aux jambes
passent le relais au froid de la neige sur mes pieds nu dans mes
sandales.
Je me
rend compte que c'est juste impossible de continuer sans être sur de
retrouver le trail. En plus en regardant bien ma boussole et ma carte
je commence à douter que le trail passe par ce lac. Alors en
observant vers le Sud-Ouest, j'aperçois le col duquel je me suis
désorienté. J'observe les montagnes qui m'en séparent et j'ai
l'impression qu'il est possible de rejoindre ce col par les cimes et
les pics. Je me remets donc à marcher en grimpant.
J’escalade
quelques parois faciles et j’arrive sur un sommet. Il commence à y
avoir un peu de brouillard et le soleil semble s’être couché. On
va laisser les bonnes surprises pour demain. Il est temps de monter
la tente.
Sur le
petit commet où je me trouve. Il y a deux possibilités pour dormir, soit sur la
neige, mais je ne suis pas assez équipé, j’aurai trop froid. Je
choisi donc l’autre option, sur un rocher plat de 1,5m x 2,5m,
légèrement incliné (ce qui avait permis à la neige fondre au
soleil et de dégager). D’un côté, une épaisse couche de neige,
de l’autre un précipice de quelques mètres. J’installe la tente
contre le mur de neige, il y a juste 50cm de l'autre côté qui la
séparent du ravin, parfait pour pourvoir rentrer dedans.
Heureusement je trouve des rochers pour fixer les extrémités de la
tente, mais ce n’est pas assez...
Avec
ça, ma copine, auprès de qui je me suis excusé plus tard, s'inquiétait car
je n'avait pas de réseau pour la contacter. Rentré dans la tente, avec un peu
d'angoisse accumulée et les efforts de la journée, je n'ai pas
envie de manger, mais plutôt de me reposer. Donc pas de souper, et
pas trop le temps de me reposer... Des grosses rafales de vent me
font sortir à deux reprises pendant la nuit, pour installer des
roches plus imposantes sur les extrémités de la bâche extérieure.
Mais elle est pas assez grandes pour toucher le sol de tous côtés,
je dois donc la ficeler à des pierres. J'utilise aussi une bande de
chambre à aire de vélo pour l'attacher à un rocher. Là ça m'a
l'air assez solide... Pas tellement persuadés en entendant le bruit
des rafales qui continuent à souffler et à secouer la tente... Je
ne sais pas combien de temps je suis parvenu à dormir, entre le fait
de devoir m’agripper à mon sac et à une fissure pour éviter de
glisser dans la pente et les rafales de vent qui ne me rassurent pas.
J’ai fini par dormir un peu car lorsque je me suis réveillé, le
soleil était déjà apparu depuis un moment.
J’estime que je me suis levé vers 6h30, lundi matin. Pour le petit
déjeuner, j’ai mangé la moitié du concombre qui me restait et bu
un peu d’eau. Il me restait un paquet de noodle, un fond de pot de
choco, et du fromage. Le fromage c'est pas top ça donne super soif.
Le choco je l'avais presque oublié j'y ai pensé en milieu de
journée ça m'a fait du bien d'en manger un peu. Et les noodle je
comptais les garder pour la toute fin quand je retrouverais mon vélo.
Heureusement
le temps était avec moi, j'ai pu ranger la tente sans complication.
Près à
partir, je regarde bien les montagnes qui me séparent du col à
rejoindre.
Après observation, je me rend compte qu'il y a peut-être moyen de
contourner la montagne à sa base, par le pan de neige fort incliné
au lieu d'escalader pour passer par le pic. Ça m'excite un peu moins
mais ça me semble plus sûr.
En
m'accrochant à la crête de la neige située près de la façade de
la montagne et en faisait attention qu'elle soit assez solide,
j'arrive à faire le tour de cette montagne. Et là, qu'est ce que
j'aperçois dans le fond de la vallée... Un joli refuge d'urgence
rouge du quel partent des traces de pas bien visibles dans la neige.
Je ressens un grand soulagement, là c'est sûr, je n'ai plus qu'à
le rejoindre, je ne le lâcherai plus d'une semelle jusqu'à Cypress !
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| Magnesia meadow's emergency hut, |
Pour descendre jusque là ça n'a pas été évident. La neige était gelée car c'était une face ombragée. Impossible de la descendre debout. A plat vente en m'agrippant à la crête de la neige près des façades de roches et en me laissant glisser de sapin en sapin, je suis parvenu à descendre doucement.
Bien
content d'arriver au refuge. Je n'en attendais rien mais je suis bien
sur rentrer pour voir... Ils appellent ça « Emergency
Shelter » mais il n'y a ni moyen de contacter des urgences, ni
carte pour savoir où on est. Il y a seulement des espaces pour
dormir, quelques bougies et un carnet pour écrire. J'y ai écrit ma
situation et qu'il m'aurait été utile de trouver une bonne carte
pour trouver le chemin le plus rapide pour arriver au village de
Lions Bay.
Reparti
sur le chemin en direction de Cypress, c'était encore relativement
tôt dans la matinée. Quand j'avais du réseau, j'ai pu prévenir ma
bosse que j'étais pas en mesure d'aller travailler ce jour-là, et
ma copine que j'étais bien en vie et que je rentrerais le soir. Je
pense qu'elle n'a pas non plus passer une bonne nuit.
Je me
suis rendu compte beaucoup plus tard que j'étais plus qu'à la
moitié du trail et que j'aurais peut-être mieux fait d'aller dans l'autre
sens, mais dans ces situations là on réfléchit pas trop, on veut
juste rentrer par le moyen le plus simple et le plus sur. J'ai marché
toute la journée pour parcourir le chemin en sens inverse. Je suis
passé par un embranchement avec une toute petite plaque qui
indiquait une possibilité de rejoindre Lions Bay. Je n'y suis pas
allé car ça n'avait pas l'air bien indiqué et il n'y avait pas de
traces de pas dans la neige. De plus, en revenant jusqu'au départ de la randonnée, je n'avais pas
d'autres complications (que la fatigue et la douleur des pieds) pour retrouver mon vélo à
Cypress.
Arrivé vers 17-18h à mon vélo. Avec mes pieds littéralement
détruits, les jambes pleines d'égratignures et vide de force. Je me
suis couché à côté de mon vélo. Par chance il y a un gars super
sympa qui est sorti du bâtiment. Je lui ai expliqué ma situation et
il m'a proposé de me ramener jusqu'au skytrain avec mon vélo dans
sa benne. Ça tombait à pic je n'avais plus la force de descendre
les 15km qui mènent au premier arrêt de bus.
Je suis
rentré, j'ai mangé les restes les plus rapides à cuisiner qui se
trouvaient dans mon frigo et j'ai dormi très vite, sommeil parasité
par quelques petits cauchemars de mésaventure.
Le
lendemain j'ai été au boulot et j'étais bien content de retrouver
mes collègues.
Le
sur-lendemain j'ai pris congé pour me reposer.
Là ça
fait une semaine que ça s'est passé et mes pieds ne sont pas encore tout à fait
rétabli. Je retrouve tout doucement les sensations au bout des
doigts de pieds et je vais voir un médecin régulièrement pour
contrôler l'état de rétablissement de mes brûlures.
Je n'ai
pas beaucoup de photos car je me suis arrêté d'en faire pendant
tout le temps où j'étais perdu, ma préoccupation était autre que
d'avoir de belles photos.
Avec du
recule, je vois cette histoire comme une leçon qui n'arrive pas pour
rien quelques mois avant mon voyage que je commencerai en vélo
depuis le Yukon vers l’Équateur. La c'est sûr je préparerai bien
mon itinéraire chaque semaine et chaque matin pour éviter des
détours inutiles de plusieurs jours.
J'essaierai
de mettre à jour mon blog un peu plus fréquemment que lorsqu'il
m'arrive une histoire de fou comme celle là... :-)























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