Monday, June 16, 2014

The Howe Sound Crest Trail


Petit weekend de grandes expériences… 
...sur le Howe Sound Crest Trail

Samedi midi, départ de la maison en vélo avec un sac de rando et deux besaces, de quoi passer 2 jours de randonnée en montagne, en sandales, pensant que les chemins que j'allais prendre n'étaient plus trop enneigés. Je mets le vélo sur le bus pour monter au sommet de Grouse Mtn. De là, je pensais pouvoir contourner le Capilano Lake, ensuite attacher mon vélo et continuer à pied pour faire une boucle de deux jours. Arrivé au lac, je me rends compte que c’est une zone fermée au public, pas d’accès. Alors je trouve un chemin qui m’emmène à la route de Cypress, la montagne voisine de laquelle partent qques randos connues. J'arrive donc à cette route via des montées impressionnantes et un chemin de cross sur lequel je dois porter mon vélo avec les sacs.




Arrivé à l’autoroute de Cypress, par chance je rencontre Alex, mon collègue de boulot, qui faisait du vélo de descente. Il remontait justement en haut des pistes en voiture avec des amis. Ils m’ont dropé qques km plus haut, ce qui m’a pas mal avancé. Il ne me restait plus que quelques km de côte pour arriver au domaine de ski d'où partent les randos.


Première nuit passée à St Marks Summit, la deuxième quelque part à l'Est de Brunswick, perdu


Les Lions
Samedi vers 17h. Mon vélo et les besaces sont attachés, toutes mes affaires sont dans mon sac de rando. En nourriture, j’ai 3 tranches de pain, 3 tranches de jambon, un petit bloc de fromage, un concombre, deux paquets de noodle, un reste de pépites de chocolat, un pot de choco à moitié vide, deux bananes, une bière, 3 bouteilles d’eau de 50cl et une gourde d’un litre.











La piste à suivre
Sur la carte, on voit l’itinéraire de la rando qui passe part St Marks Mtn, entre les Lions Mtn, et puis possibilité de passer par Deeks lake et puis de continuer jusqu’à l’autoroute 99, ou bien de prendre un chemin plus court qui amène vers le village Lions Bay, ce que je pensais faire. De là, je pouvais revenir le lendemain, le dimanche soir, en bus et en stop à Cypress pour récupérer mon vélo et rentrer à la maison. Malheureusement ça ne s'est pas passé comme cela.




Le premier tronçon se passe bien, rando facile en montée à travers les forêts de sapin, j’arrive sans problème à St Marks Mtn vers 19-20h, d’où il y a déjà une vue impressionnante sur le détroit de Georgia. Deux couples d’amis sont déjà là à chercher une place pour leurs tentes. Évidemment je trouve plus facilement qu'eux un endroit qui convient pour camper car je suis seul. Je m’installe donc dans les bois, à côté d’une vue sur les Lions.

Merci Anne-Laure et Emilien
Coucher de soleil magnifique, tout en cuisinant mes noodles et en buvant ma bière bien méritée après cette après-midi sportive.








Dimanche matin, je sais pas pourquoi je me réveille à 5h avec la motivation de me lever. Ça tombe bien, ça me permet de profiter d’un levé de soleil magnifique sur les crêtes de Grouse, Seymour et Coquitlam Mtn.



Le détroit de Georgia


Les Lions
Départ directement après avoir remballer la tente. Je déjeunerai plus tard. La première partie de la journée se passe bien. C'est toujours plein soleil. Je suis les petits carrés orange sur les arbres qui servent de guide.








La cîme des montagnes

L'itinéraire mène par la cîme des montagnes vers le nord, jusqu'à passer entre les deux Lions, en contournant le West Lion. Il y a des vues époustouflantes sur le détroit de Georgia, la Sunshine Coast et toutes les montagnes du Nord-Est.  









Mon chemin n’est plus que de neige et je suis en sandales de rando. Je n’avais pas compté sur la présence de tant de neige. Il y a plusieurs sommets à franchir, mes pieds sont déjà gelés.




Rire jaune - j'en peux plus !
 Je me dis que ça ne durera pas trop puisque je compte sérieusement avoir fini la rando dans l'après-midi. Il est encore tôt dans la journée et je me dis que j’aurai bien le temps de parcourir le chemin qui mène jusqu’au village de Lions Bay.
 


 



On arrive alors dans un grand col tout enneigé. C'est là que ça se complique et que les indications se font très rares. C'est le tronçon le moins fréquenté. Il est très facile de se perdre. Tu descends rapidement dans la neige sans te rendre compte que tu dévies du trail original.






Du col où je suis arrivé, en contrebas, je voyais un lac gelé, et encore plus loin et beaucoup plus bas, j’apercevais un autre lac non gelé. Je pensais que le trail passait par ce lac. Comme la mauvaise carte que j'avais trouvée au début de la rando m'indiquait que le trail aboutissait près de trois lacs sur la fin de l'itinéraire.
Lac gelé et l'autre lac dans le fond



C'est là que j'ai perdu les traces du trail et je me suis désorienté. Comme je pensais que le trail menait au lac, j’ai continué à descendre dans la neige, vers le lac. Et quand on descend dans la neige on avance vite car on peut faire de grand pas et ça glisse vers le bas.
Mon sac et ma gourde...
Ma grosse erreur la voici. Quand je m’enfonce dans une direction, même si y a des passages difficiles (qui d'un côté me plaisent à traverser), je continue en me disant que je retrouverai le chemin plus loin, au lieu de revenir sur mes pas. Erreur, car plus on avance, et plus les passages se compliquent et deviennent impossible à faire en sens inverse. A deux reprises, j’ai dû balancer mon sac au pied de la paroi pour pouvoir la descendre sans être déséquilibré par le poids du sac. A la première, au lieu de s’arrêter après la chute, le sac s’est mis à faire des culbutes dans la neige et s’est arrêté quelques centaines de mètres plus bas. Malgré le détour que m’a coûté la chute du sac, j’étais bien content de l’avoir retrouvé.



Je continue mon périple en pensant aller dans la bonne direction. Je descends des passages difficiles, en faisant du rappel avec les branches des arbres pour descendre des pans fort inclinés. Petit à petit la neige disparait. Ensuite, je me retrouve à marcher en descendant dans le lit sec d’une rivière. Ça m'avait l'air un peu bizarre que ce soit le chemin. Mais pourtant j'apercevais de temps en temps une petite floche de couleur, ce qui me rassurait et me faisait continuer. Petit à petit j’entends le bruit de l’eau qui s’intensifie et je me rends compte que je ne pourrai plus continuer à suivre cette rivière car des ruissellements de fonte de neige y affluent. Alors je sors de ce lit et j’en retrouve un autre sec qui descend dans la même direction, je le suis également, mais il se rempli d’eau quelques centaines de mètres plus bas. Alors je sors à nouveau de cette rivière. Finalement en écoutant le bruit de plus en plus forts de plusieurs rivières autour de moi, je me rends compte qu’en continuant à descendre je vais me retrouver coincer entre des torrents impossible à traverser. Il faut donc que je remonte, jusqu'au niveau de la neige ce que j’ai descendu durant des heures de marche.
A ce moment là je pensais toujours que j'allais remonter pour pouvoir redescendre à un autre endroit vers le lac. Donc je ne suis pas revenu sur mes pas. J'ai remonté cette montagne avec toutes les misères du monde. Essaie de passer dans la jungle avec un sac de rando qui s'accroche aux branches, à travers des épais buissons, des ronces qui te griffent les jambes à sang et les sapins qui font barrière. D'un côté ils sont utiles car ils permettent de t'agripper dans les passages trop inclinés. Souvent c'est tellement en pente que tu dois t'accrocher, comme à des cordes, à toutes les plantes qui pourraient tenir pour pouvoir avancer, en te hissant et en forçant sur chaque pas pour faire passer ton sac à dos à travers tout.
C'était vraiment éprouvant, j'ai mis plusieurs fois le genou au sol, pensant que j'avais plus d'énergie et me demandant comment j'allais m'en sortir. Je faisais appel sans cesse à l'Univers Infini, cette force supérieur en laquelle j'ai foi, pour qu'elle m'aide à m'en sortir. Je n'ai jamais laissé le sentiment que je ne m'en sortirais pas m'envahir. Cette idée là me faisait peur. J'ai gardé de l'espoir tout le temps.

Je suis descendu par là... mais dans quoi je me suis embarquer ?
Finalement, après des heures de marches dans ces forêts denses, je retrouve enfin le niveau de la neige. Les douleurs des griffes aux jambes passent le relais au froid de la neige sur mes pieds nu dans mes sandales.
Je me rend compte que c'est juste impossible de continuer sans être sur de retrouver le trail. En plus en regardant bien ma boussole et ma carte je commence à douter que le trail passe par ce lac. Alors en observant vers le Sud-Ouest, j'aperçois le col duquel je me suis désorienté. J'observe les montagnes qui m'en séparent et j'ai l'impression qu'il est possible de rejoindre ce col par les cimes et les pics. Je me remets donc à marcher en grimpant.
J’escalade quelques parois faciles et j’arrive sur un sommet. Il commence à y avoir un peu de brouillard et le soleil semble s’être couché. On va laisser les bonnes surprises pour demain. Il est temps de monter la tente.
Sur le petit commet où je me trouve. Il y a deux possibilités pour dormir, soit sur la neige, mais je ne suis pas assez équipé, j’aurai trop froid. Je choisi donc l’autre option, sur un rocher plat de 1,5m x 2,5m, légèrement incliné (ce qui avait permis à la neige fondre au soleil et de dégager). D’un côté, une épaisse couche de neige, de l’autre un précipice de quelques mètres. J’installe la tente contre le mur de neige, il y a juste 50cm de l'autre côté qui la séparent du ravin, parfait pour pourvoir rentrer dedans. Heureusement je trouve des rochers pour fixer les extrémités de la tente, mais ce n’est pas assez...

Avec ça, ma copine, auprès de qui je me suis excusé plus tard, s'inquiétait car je n'avait pas de réseau pour la contacter. Rentré dans la tente, avec un peu d'angoisse accumulée et les efforts de la journée, je n'ai pas envie de manger, mais plutôt de me reposer. Donc pas de souper, et pas trop le temps de me reposer... Des grosses rafales de vent me font sortir à deux reprises pendant la nuit, pour installer des roches plus imposantes sur les extrémités de la bâche extérieure. Mais elle est pas assez grandes pour toucher le sol de tous côtés, je dois donc la ficeler à des pierres. J'utilise aussi une bande de chambre à aire de vélo pour l'attacher à un rocher. Là ça m'a l'air assez solide... Pas tellement persuadés en entendant le bruit des rafales qui continuent à souffler et à secouer la tente... Je ne sais pas combien de temps je suis parvenu à dormir, entre le fait de devoir m’agripper à mon sac et à une fissure pour éviter de glisser dans la pente et les rafales de vent qui ne me rassurent pas. J’ai fini par dormir un peu car lorsque je me suis réveillé, le soleil était déjà apparu depuis un moment.
J’estime que je me suis levé vers 6h30, lundi matin. Pour le petit déjeuner, j’ai mangé la moitié du concombre qui me restait et bu un peu d’eau. Il me restait un paquet de noodle, un fond de pot de choco, et du fromage. Le fromage c'est pas top ça donne super soif. Le choco je l'avais presque oublié j'y ai pensé en milieu de journée ça m'a fait du bien d'en manger un peu. Et les noodle je comptais les garder pour la toute fin quand je retrouverais mon vélo.
Heureusement le temps était avec moi, j'ai pu ranger la tente sans complication.
Près à partir, je regarde bien les montagnes qui me séparent du col à rejoindre. 
Après observation, je me rend compte qu'il y a peut-être moyen de contourner la montagne à sa base, par le pan de neige fort incliné au lieu d'escalader pour passer par le pic. Ça m'excite un peu moins mais ça me semble plus sûr.


Magnesia meadow's emergency hut,
En m'accrochant à la crête de la neige située près de la façade de la montagne et en faisait attention qu'elle soit assez solide, j'arrive à faire le tour de cette montagne. Et là, qu'est ce que j'aperçois dans le fond de la vallée... Un joli refuge d'urgence rouge du quel partent des traces de pas bien visibles dans la neige. Je ressens un grand soulagement, là c'est sûr, je n'ai plus qu'à le rejoindre, je ne le lâcherai plus d'une semelle jusqu'à Cypress !

Pour descendre jusque là ça n'a pas été évident. La neige était gelée car c'était une face ombragée. Impossible de la descendre debout. A plat vente en m'agrippant à la crête de la neige près des façades de roches et en me laissant glisser de sapin en sapin, je suis parvenu à descendre doucement.
Bien content d'arriver au refuge. Je n'en attendais rien mais je suis bien sur rentrer pour voir... Ils appellent ça « Emergency Shelter » mais il n'y a ni moyen de contacter des urgences, ni carte pour savoir où on est. Il y a seulement des espaces pour dormir, quelques bougies et un carnet pour écrire. J'y ai écrit ma situation et qu'il m'aurait été utile de trouver une bonne carte pour trouver le chemin le plus rapide pour arriver au village de Lions Bay.
Reparti sur le chemin en direction de Cypress, c'était encore relativement tôt dans la matinée. Quand j'avais du réseau, j'ai pu prévenir ma bosse que j'étais pas en mesure d'aller travailler ce jour-là, et ma copine que j'étais bien en vie et que je rentrerais le soir. Je pense qu'elle n'a pas non plus passer une bonne nuit.
Je me suis rendu compte beaucoup plus tard que j'étais plus qu'à la moitié du trail et que j'aurais peut-être mieux fait d'aller dans l'autre sens, mais dans ces situations là on réfléchit pas trop, on veut juste rentrer par le moyen le plus simple et le plus sur. J'ai marché toute la journée pour parcourir le chemin en sens inverse. Je suis passé par un embranchement avec une toute petite plaque qui indiquait une possibilité de rejoindre Lions Bay. Je n'y suis pas allé car ça n'avait pas l'air bien indiqué et il n'y avait pas de traces de pas dans la neige. De plus, en revenant jusqu'au départ de la randonnée, je n'avais pas d'autres complications (que la fatigue et la douleur des pieds) pour retrouver mon vélo à Cypress.
Arrivé vers 17-18h à mon vélo. Avec mes pieds littéralement détruits, les jambes pleines d'égratignures et vide de force. Je me suis couché à côté de mon vélo. Par chance il y a un gars super sympa qui est sorti du bâtiment. Je lui ai expliqué ma situation et il m'a proposé de me ramener jusqu'au skytrain avec mon vélo dans sa benne. Ça tombait à pic je n'avais plus la force de descendre les 15km qui mènent au premier arrêt de bus.
Je suis rentré, j'ai mangé les restes les plus rapides à cuisiner qui se trouvaient dans mon frigo et j'ai dormi très vite, sommeil parasité par quelques petits cauchemars de mésaventure.
Le lendemain j'ai été au boulot et j'étais bien content de retrouver mes collègues.
Le sur-lendemain j'ai pris congé pour me reposer.
Là ça fait une semaine que ça s'est passé et mes pieds ne sont pas encore tout à fait rétabli. Je retrouve tout doucement les sensations au bout des doigts de pieds et je vais voir un médecin régulièrement pour contrôler l'état de rétablissement de mes brûlures.
Je n'ai pas beaucoup de photos car je me suis arrêté d'en faire pendant tout le temps où j'étais perdu, ma préoccupation était autre que d'avoir de belles photos.
Avec du recule, je vois cette histoire comme une leçon qui n'arrive pas pour rien quelques mois avant mon voyage que je commencerai en vélo depuis le Yukon vers l’Équateur. La c'est sûr je préparerai bien mon itinéraire chaque semaine et chaque matin pour éviter des détours inutiles de plusieurs jours.
Merci d'avoir lu la petite histoire de mon weekend d'aventures à la montagne.


J'essaierai de mettre à jour mon blog un peu plus fréquemment que lorsqu'il m'arrive une histoire de fou comme celle là... :-)

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